Lasiodorides polycuspulatus

Description d'une nouvelle espèce
(Araneida : Theraphosidae, Theraphosinae)

Lasiodorides polycuspulatus
gen. n. et sp. n. du PEROU

(Günter SCHMIDT et B. BISCHOFF)

(Publication initiale : Ent. Z., Frankf. a. M. n°107, pages 153 - 159).

Traduction de l'allemand : Fabian VOL

RESUME :

    Le nouveau genre Lasiodorides diffère de Lasiodora par l’absence de soies de stridulation et l’absence d’un épais coussinet de poils plumeux sur la face rétrolatérale du fémur IV. A la place on trouve des poils longs et pointus seulement faiblement plumeux. L’espèce type est Lasiodorides polycuspulatus n. sp. L'espèce ?Pamphobeteus striatus Schmidt & Antonelli 1996 est transférée dans ce nouveau genre. Elle diffère de l’espèce type par le nombre réduit de cuspules sur le labium et une spermathèque pourvue de petites têtes plus fines à l’extrémité.

MOTS CLES :

    Arachnida : Araneae : Theraphosidae : Lasiodorides, nouveau taxon, taxonomie, Pérou.

INTRODUCTION :

    Peu de temps après la description de ?Pamphobeteus striatus Schmidt & Antonelli 1996, B. Bischoff communiquait au premier auteur, qu’il avait une espèce semblable en stabulation depuis 1994. Il s’est avéré, que celle-ci comparée à ?P. striatus possédait deux fois plus de cuspules sur le labium et que le tibia + patella I était plus long que le tibia + patella IV, que la première paire de sigilla sternaux n’était pas située contre la bordure du sternum et surtout que les receptacula seminis de la spermathèque présentaient des têtes distinctement plus épaisses. Pour savoir si toutes ces différences sont constantes, il faudrait le clarifier par des observations supplémentaires sur un plus grand nombre de matériels. Par expérience les caractéristiques mentionnées varient dans des proportions différentes chez les Theraphosinae. Il est cependant difficile de croire que, surtout en ce qui concerne le nombre de cuspules et concurremment la forme des receptacula seminis qu’il s’agit d’une forme de transition, si bien que Lasiodorides polycuspulatus n. gen. n. sp. doit être considérée comme une espèce valide. Elle ressemble beaucoup si l’on considère sa spermathèque aux espèces du genre Lasiodora (comparé par exemple à Lasiodora parahybana dans Schmidt 1993 : ill 231).
    Déjà en 1996 Schmidt & Antonelli avaient, concernant ?Pamphobeteus striatus constaté qu’on pouvait considérer cette spermathèque comme une spermathèque dérivée de celle des espèces de Lasiodora, chez laquelle la liaison entre les receptacula n’est pas formée. Puisque les soies de stridulation caractéristiques de Lasiodora sont cependant absentes, il n’est certainement pas convenable de placer une telle espèce dans Lasiodora. Schmidt & Antonelli avaient à cette époque soupçonné, qu’elle devrait être placée plus tard dans un genre non encore établi. Sa distribution parle également contre un placement dans le genre Lasiodora. Ainsi on trouve des représentants de Lasiodora exclusivement au Brésil et en Uruguay.
    Nous avons donc décidé, pour cette nouvelle espèce et pour ?Pamphobeteus striatus de créer le genre Lasiodorides.
    Méthode : l’examen a eu lieu au moyen d’une loupe binoculaire avec un grossissement de 30 et 60 fois. Les dimensions et écartements oculaires sont mesurés avec un micromètre oculaire. La spermathèque a été trempée dans du Polyvinyllactophénol. Les abréviations suivantes sont utilisées dans la description qui suit :

a
b
d
f
PME
PLE
m
p
pl
-
-
-
-
-
-
-
-
-
apical
basal
dorsal
fémur
yeux médians postérieurs
yeux latéraux postérieurs
métatarse
patella
prolatéral
pv
rl
rv
tar
ti
v
AME
ALY
-
-
-
-
-
-
-
-
proventral
rétrolatéral
rétroventral
tarse
tibia
ventral
yeux antérieurs médians
yeux latéraux antérieurs

MATERIEL :

    1 mâle (holotype), 1 femelle (paratype), 3 exuvies de femelles (paratypes). Il s’agit d’une capture sauvage, et non d’une bête élevée. La bête de capture vient du nord du Pérou. Tous les matériel proviennent de la collection Antonelli, et sera cédé au Senckenbergmuseum, Francfort.

Partie systématique

Lasiodorides gen. n.

Espèce type :

    Lasiodorides polycuspulatus sp. n.

DIAGNOSE :

    Theraphosinae avec un tibia apophyse constitué de deux éperons chez le mâle, celui situé rv touche le M I lorsqu’il est replié. P + Ti I aussi long ou plus long que la P + Ti IV. Pas de soies de stridulation. Poils urticants de type I et III. F III épaissi chez le mâle. Plus de 30 cuspules sur le labium. Spermathèque avec deux receptacula seminis séparés, ceux-ci se terminent par une tête élargie. Griffes tarsales pourvues de dents. F IV rl avec une scopula ou un coussinet plus fin de poils plumeux.

PARENTE :

    Le nouveau genre diffère de Lasiodoria essentiellement par l’absence de soies de stridulation pl sur la coxa I et rl sur la coxa du palpe. Chez le mâle de Vitalius Lucas, da Silva & Bertani 1993 le M fléchi touche le bord externe de l’apophyse tibiale la plus basse. La femelle de Vitalius a une spermathèque avec deux receptacula seminis séparés, ceux-ci sont reliés par une base commune relativement large. Apicalement les receptacula seminis ne sont pas remarquablement élargis.
    Lasiodora comme Vitalius ne sont pas répandus au Pérou. La parenté n’est pas plus proche avec les autres genres.

Lasiodorides polycuspulatus sp. n.

HOLOTYPE :

    Femelle, Pérou, sans indication plus précise, acheté par B. Bischoff chez P. Hoch en 1994. L’holotype sera déposé au Senckenberg-Museum, Francfort sur le Main. Du matériel supplémentaire (en stabulation) chez B. Bischoff, Biberach, et Bullmer, Ulm.

DERIVATIO NOMINIS :

    Du grec ancien polys = beaucoup et du latin cuspis = épines, à cause des très nombreuses cuspules sur le labium comparé à Lasiodorides striatus (Schmidt & Antonelli 1996).

DIAGNOSE :

    Une espèce avec plus de 70 cuspules sur le labium, Ti + P I plus long que Ti + P IV, une première paire de sigilla sternaux plus largement espacée de la bordure du sternum que L. striatus, une spermathèque avec la tête des receptacula seminis distinctement plus large que chez L. striatus.

DESCRIPTION (exuvie de l'holotype) :

    Carapace 26.5 x 22.5 mm maximum.

Chélicères :

    Article de base 15 x 7 mm, crochet 10 mm ; dentition des chélicères voir fig. A côté des principales dents latéralement de nombreuses petites dents entre les dents 9-13.

Fovéa :

    Fovéa légèrement procurvée par sa bordure antérieure incurvée vers l’avant. Rayures radiales sur la carapace faiblement marquées.

Tumulus oculaire :

    Tumulus oculaire ressortant, 3 mm de large, avec des poils longs de l’avant à l’arrière entre les yeux médians. Rangée oculaire antérieure légèrement procurvée, rangée oculaire postérieure droite sur l’avant, légèrement récurvée sur l’arrière. Taille et écartement des yeux en mm : AME 0.53, AME-AME 0.59, ALE 0.59, AME-ALE 0.46, PME 0.36, AME-PME 0.33, PLE 0.53, PME-PLE 0.26, ALE-PLE 0.43, PME-PME 1.45. Carapace recouverte de poils laineux denses marron foncé. Clypeus absent, étant donné que le tumulus oculaire est situé sur la bordure antérieure de la carapace.

Sternum :

    Sternum 11.5 mm x 8.5 mm maximum.

Labium :

    Labium 2.6 mm de long, 3.3 mm de large avec plus de 70 cuspules.

    Formule des pattes : IV, I, II, III.
    Longueur des articles :

 

fémur

patella

tibia

métatarse

tarse

total

Palpe

12.0

7.5

11.0

-

9.0

39.5

Patte I

16.8

10.0

14.0

11.5

8.5

60.8

Patte II

15.5

10.0

11.6

11.0

7.5

55.6

Patte III

14.0

8.5

10.0

11.5

7.5

51.5

Patte IV

16.5

9.0

13.5

16.5

7.5

63.5

Scopula :

    ous les tarses et M I, II entièrement scopulés, M III ½, M IV ¼. F IV avec des poils longs, pointus faiblement plumeux. F III non élargi. Dans chaque cas sept dents sur les griffes tarsales (examiné sur le tarse I).

Chétotaxie :

    e nombreuses petites épines au dessus de la suture de la coxa I. Palpe : Ti pv 0-1-1, va 2 ; patte I : Ti v a 2, M v a 1 ; patte II : Ti v m 1, a 2, M v a 3 ; patte III : Ti pl 1, v 0-1-2, M pl 1, v 2-0-4 ; patte IV : Ti pl 1-1-1, v 1-1-4, rl 1-1-1, M d a 2, pl 1-1-1, v 1-2-2-2-2, rl 1-1-1-1.

Filières :

    Article basal 5.9 mm, article médian 3.7 mm, article apical 5.7 mm.

Spermathèque :

    Ressemble à celle de L. striatus, mais plus massive. Receptacula seminis avec des têtes grosses.

Couleurs et motifs :

    Motif comme celui de L. striatus. Couleur marron foncé. Si les animaux sont maintenus en milieu humide, ils prennent une couleur plus foncée et ressemblent à Pamphobeteus ultramarinus Schmidt 1995. Certains ont un masque oculaire couleur lilas.

HISTOIRE NATURELLE (Antonelli) :

    En 1995, 340 jeunes ont éclos, ils avaient une taille d’environ trois millimètres. En tout B. Bischoff possède trois femelles matures, dont la plus grosse présente une longueur de neuf centimètres. Cette espèce vit dans les hautes terres du Pérou et ne doivent par conséquent pas être tenues trop sec ni trop chaud (environ 22°C).

DISCUSSION :

    Alors que la parenté de ce nouveau genre avec Lasiodora est claire ce n’est pas le cas en ce qui concerne Vitalius. La spermathèque de L. striatus a été discutée en 1990 avec S. Lucas, qu’elle tenait pour une espèce du genre Vitalius, comme V. platyomma (Mello-Leitão 1923). Malheureusement, à part celle de V. sorocabae (Mello-Leitão, 1923), aucune spermathèque des six autres espèces actuellement valides de Vitalius n’est connue. Ce qui en Allemagne est tenue pour V. platyomma dans le commerce, est en réalité une espèce de Pamphobeteus (Schmidt, non publié). Il est par conséquent urgent que les genitalia des femelles des espèces rangées dans le genre Vitalius Lucas et al. (1993) soient représentées et que V. cristatus aussi, qui ne figurait pas dans la liste de Lucas et al. (1993) soit inclus dans un tel travail. En outre le statut de Lasiodora benedeni Bertkau 1880 doit être clarifié, elle a été placée dans le genre Pamphobeteus par Mello-Leitão (1923), alors que Bücherl (1947) sans avoir vu le type, le tenait pour une Lasiodora. Il pourrait cependant s’agir également d’une Vitalius. Ce sur quoi on peut d’emblée se prononcer, c’est si l’espèce présente ou non un organe de stridulation. Dans chaque cas, les genres Lasiodora, Lasiodorides et Vitalius forment un ensemble, qui s’oppose au genre Pamphobeteus du nord de l’Amérique du sud (Equateur, Colombie, Bolivie, Pérou).

RESUME :

    Un nouveau genre Lasiodorides est établi, il diffère de Lasiodora par l’absence de soies de stridulation et l’absence de coussinet dense de poils plumeux sur le fémur IV rétrolatéral. A la place on trouve à cet endroit une fine couche de poils courbes, longs et seulement faiblement plumeux. L’espèce type est Lasiodorides polycuspulatus n. sp. ?Pamphobeteus striatus Schmidt & Antonelli 1996 tombe dans le nouveau genre. Elle se différentie de l’espèce type par un nombre réduit de cuspules sur le labium et par une spermathèque avec des receptacula seminis plus fins. Le nouveau genre est, en l’état actuel des connaissances limité au Pérou. Les relations avec le genre brésilien Vitalius ne sont pas encore complètement clarifiées.



©G.E.A. 2010
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