Les souris

Les souris

 

Mus musculus

Par Alexandre Bonaccorso

L’élevage des souris en tant que nourriture pour les mygales est sujet à polémique, et certains se refuseront toujours à cette pratique. Nous les comprenons. Mais cela ne nous empêche pas de défendre notre point de vue, à savoir que l’on peut élever des mygales en leur offrant des souriceaux sans faire souffrir ces derniers (voir la fin de cette note), tout en ayant pour son élevage de souris une affection particulière qu’on ne ressent évidemment pas de la même manière pour un élevage de blattes (!). Il faut savoir également que l’apport nutritionnel quantitatif et qualitatif d’un souriceau trouve rarement son équivalent dans un autre type de proie…

Pour l’élevage des souris, le logement idéal est représenté par les cages de laboratoire. L’inconvénient est leur prix, environ 300 F neuves, mais cet investissement diminue considérablement le temps des soins par la suite. Elles sont composées d’une cuve en plastique avec grille métallique sur le dessus comportant 2 emplacements pour biberon et nourriture (le gaspillage est ainsi très réduit).
Les cages traditionnelles peuvent être utilisées, à condition de doubler le grillage d'un maillage plus fin (0,5 x 0,5 cm), sinon c'est l'évasion assurée des sauteuses (= souris justes sevrées de 3 semaines environ). Attention, le treillis moustiquaire métallique ne résiste pas à l’assaut des rongeurs.
Un compromis peut être bricolé à partir de cuves en plastique sur lesquelles on adapte un grillage bien jointif (maille 1cm x 1cm ou mieux : 0,5 x 0,5 cm). On aménage 2 renfoncements cubiques dans le grillage : un pour le biberon (bouteille de Perrier avec un petit trou dans le bouchon : ça ne coule pas quand la bouteille est retournée et les souris boivent en léchant et en aspirant), un pour les bouchons de nourriture.
La taille idéale est de 40 x 20 x 20 cm pour loger une famille. Moins est possible, plus est néfaste car les souris stressent et courent dans tous les sens au moment des soins.
Le substrat sera composé de copeaux de bois blanc (issu de bois non traîté). On peut fournir de manière facultative une petite poignée de foin, cela permet aux parents de faire un nid. La femelle semble moins stressée à la mise-bas et j'ai constaté moins de cannibalisme à la naissance (de plus les jeunes sont mieux rassemblés et ne se "perdent" pas dans les copeaux.

La nourriture la plus économique consiste en « bouchons » spécifiques pour rongeurs de laboratoire. Ce n’est pas le plus simple à trouver à prix honnête (environ 100F les 20 kg), il faut se renseigner auprès des organismes susceptibles d'élever des souris. On complète éventuellement le régime par quelques croquettes pour chat (appoint protéique supplémentaire en cas de portées nombreuses), des graines de tournesol (énergétique en cas d’environnement froid), du pain frais apprécié par les jeunes à sevrer et donc par la mère qui a sa portée suivante à "pondre".

La température peut varier de 12 à 25 °C. A 12-15°C (l’hiver, dans un garage…), il n’y a aucun problème si ce n'est la consommation de nourriture qui augmente. Il est alors judicieux de fournir des corps gras sous forme de graines de tournesol. La poignée de foin est bien utile aux bébés qui bénéficieront d’un nid douillet. En revanche, la chaleur est très mal supportée : à température supérieure à 25 °C, il y arrêt ou diminution notable des gestations.

La menée de l'élevage se fait en familles comportant un seul mâle et plusieurs femelles : 2 en général, 3 éventuellement. Il n’est pas recommandé d’aller au delà à moins d'avoir un mâle "efficace", sinon il ne s'occupe pas de toutes les femelles "comme il faut" et l'intérêt est nul. Laisser ainsi, ne pas séparer au fur et à mesure des naissances : les femelles nourrissent leurs petits en commun et pourront entamer de nouvelles gestations sans perte de productivité. Le mâle, de plus, s’occupe aussi des jeunes en les réchauffant. Lorsque la famille est bien établie au bout de quelques jours, il est impossible d'introduire un nouvel individu sans qu'il ne soit pris en chasse en intrus, et le plus souvent tué. Pour faire de nouvelles familles à partir d'une première, il est préférable de laisser grandir des jeunes au maximum dans leur famille. Le stress du changement provoque en effet un ralentissement de croissance inutile. On peut aussi rassembler des jeunes dans une cage de sevrage et reformer des couples à partir des individus les plus vigoureux et parmi les femelles les plus grandes pour des portées plus nombreuses. La maturité sexuelle est atteinte à 1,5 mois environ (gestation 21 jours, sevrage à 3 semaines).
Les femelles convaincues de cannibalisme à la naissance doivent être éliminées, de même que parfois toute une famille qui peut prendre ce vice. Un déficit protéique ou un stress lors de la mise-bas (surtout la première) peuvent être à l’origine de ce trouble comportemental, mais pas toujours.

Une hygiène régulière est bien évidemment de mise : changement des copeaux et désinfection des cages au moins une fois par semaine. Attention : même ainsi, l’élevage des souris est très malodorant et difficilement envisageable en habitation dès qu’on élève plus d’un couple.

Il peut arriver que l’élevage soit atteint de gale (parasitose cutanée due à des acariens). On observe alors des dépilations, du prurit, de l’érythème (face, région ventrale et cuisses principalement), une diminution notable de la prolificité à plus ou moins longue échéance, et parfois un dépérissement. Le traitement est efficace mais problématique car très toxique pour les mygales. Le protocole de choix consiste en 2 injections de solution antiparasitaire à 10 jours d’intervalle (consulter un vétérinaire). Le temps d’attente ensuite doit être d’au minimum un mois.

Enfin, une dernière suggestion lors des distributions des souriceaux à nos araignées : la mise à mort est parfois longue et difficilement soutenable. Pour y remédier, je procède en assommant les souriceaux juste avant de les déposer dans les terrariums. Les derniers mouvements réflexes sont suffisants pour déclencher la prédation, et même beaucoup de mygales acceptent de prendre des souriceaux morts, surtout les terrestres.


©G.E.A. 2010
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