I - Préambule
JE NE SUIS PAS VETERINAIRE. Les indications qui suivent ne sont pas un traitement, mais une méthode que j'ai utilisée -que j'ai dû utiliser- pour cause de carence, et qui s'est révélée efficace. Cette même méthode a échoué à plusieurs reprises, dont certaines seront abordées également.
Il y a plusieurs points de vue : Il est certain qu'avec une hygiène des bacs irréprochable, une conception parfaite des terrariums et un contrôle absolu des conditions de maintien de nos animaux, les risques de maladies, blessures et parasitismes sont presques exclus. Peut-être y a-t-il donc, au départ, une négligence ou une maladresse due à l'éleveur. Pour cette raison sans doute, ces "problèmes" sont souvent occultés par beaucoup de rédacteurs de livres/sites.
Pour autant, ces cas existent et il est parfois possible d'y apporter une solution. L'utilité de partager ces expériences est donc incontestable. Il reste à poser deux mises en garde :
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Premièrement, les soins à apporter NECESSITENT la préhension de l'animal. Une mygale malade a un comportement nerveux, et des réactions inhabituelles. Le risque de morsure, avec les conséquences qu'il induit, est considérablement accru. Indépendamment de toute considération sur l'état de l'animal, ce genre de manipulation est à exclure pour l'éleveur non expérimenté.
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Ensuite, il s'agit d'un pis-aller. Compte tenu de l'absence de vétérinaires spécialisés (ou simplement compétents dans ce domaine si particulier !), et de traitements (aucun à ma connaissance permettant de soigner des arachnides), il est parfois pénible voire impossible, de se résoudre à perdre une mygale. Alors, sans pour autant "jouer" aux apprentis-sorciers, on essaie des solutions que l'on espère efficaces. Telle a été ma démarche, elle le restera jusqu'à ce que l'évolution des soins vétérinaires la rende caduque.
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II - Présentation
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Psalmopoeus irminia, jeune femelle âgée d'environ 2 ans.
Propriétaire : L. DABAT
Née en captivité
Taille du corps : 4,5 cms
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III - Exposé
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En mai 2000, une femelle Psalmopoeus irminia, est placée seule dans un terrarium avec des conditions de chaleur et d'hygrométrie conformes à celles exposées dans la fiche d'élevage. Peu de temps après une mue, après un repas, elle laisse la boulette de restes sous l'angle formé par son morceau de liège. Je n'ai pas vu cette pelote, qui n'a donc pas été retirée. L'inévitable s'est dès lors produit :
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La mygale parasitée. On voit les oeufs de diptères déposés juste sous le silon épigastrique et l'épigyne, ainsi que sous le sternum. D'autres oeufs, non apparents sur la photo, se trouvaient sous les chélicères et aux articulations. |
en deux jours, une quantité de petits diptères (phorides ?) a envahi le terrarium. La mygale, encore affaiblie par la mue, devient rapidement la proie de ces minuscules moucherons. Plusieurs pondent leurs oeufs, sur les téguments plus fins situés aux articulations des segments de pattes, mais aussi sous les chélicères et au niveau du sillon épigastrique et des stigmates pulmonaires.
Par chance, la mygale se déplaçant sur la vitre, j'ai pû remarquer ces oeufs déposés sous la mygale, qui semblaient déjà lui occasionner une gêne, entrainant des mouvements saccadés et parasites.
Compte tenu d'autres cas observés dans mon élevage, il était trop aléatoire de laisser la mygale se débarrasser seule de ses hôtes, et plus encore d'essayer une élimination sélective par doses (lesquelles ?) de déparasitants destinés à d'autres animaux. J'ai bien entendu enlevé une bonne partie des oeufs à l'aide d'un pinceau, mais ceux placés sous le corps, près de l'épigyne, étaient bien fixés et la mygale peu disposée à se laisser faire.
Après avoir saisi la mygale -par les pattes doucement repliées vers l'arrière, seule méthode réellement sûre avec les mygales arboricoles- j'ai retiré un à un les oeufs restants à l'aide d'une pince à épiler. J'ai passé la mygale sous l'eau (robinet) au niveau du sillon épigastrique. Entre autres effets, le passage sous le robinet déclenche chez la mygale des mouvements des chélicères qui laissent apparaître les oeufs de diptères placés en dessous, permettant de les enlever avec le pinceau.
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La mygale débarrassée de ses hôtes indésirables. |
Toujours sous le jet, un minuscule asticot est apparu hors d'un stigmate, j'ai réussi à l'attraper avec la pince et à l'enlever. Craignant que la mygale soit plus profondément parasitée, je l'ai laissée cinq jours dans un terrarium entièrement vide, sans aucun substrat (juste une feuille d'essuie-tout sur le fond), sans abri, sans nourriture, sans abreuvoir, hors de ma pièce d'élevage pour qu'elle ne se déshydrate pas, à température ambiante (19°C). Passé ce délai, son comportement était parfaitement normal, aucun nouveau ver n'est apparu, quelques moucherons qui sont venus près du terrarium ont été écrasés. Le cinquième soir, j'ai de nouveau nourri la mygale, elle s'est littéralement jetée sur les grillons. J'ai pris soin de retirer dès le lendemain matin, les restes du repas. De nouveau, la mygale est restée cinq jours dans ce bac, avec un abreuvoir cette fois-ci, où je ne l'ai jamais vue boire.
Passé ce nouveau délai, l'araignée présente un comportement normal. Elle est replacée dans son bac et a repris le cours normal des choses.
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IV - Autres cas similaires
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J'ai été à plusieurs reprises, confronté à ce problème. L'issue a parfois été heureuse, mais souvent fatale lorsque le problème a été détecté trop tard. Voici quelques exemples pour lesquels j'ai pu prendre des photos :
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Loi des séries, fin mai 2000 : une Pterinochilus sp. "mamillatus" parasitée. De très nombreux petits asticots sont visibles au niveau de l'anus. |
La mygale est placée dans l'eau. On voit quelques vers qui sortent de l'abdomen par l'anus. Mais il est déjà trop tard : La mygale, déjà complètement dévorée de l'intérieur, n'a pu être sauvée. |
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21/02/2001 : une Poecilotheria regalis parasitée. Quelques asticots déjà formés, de nombreux oeufs sont retirés, on en voit encore sous le coxa de la patte II d et un sous le trochanter III d. La mygale est placée dans un bac vide, hors de la pièce d'élevage. |
22/02/2001 : Le cas est plus grave qu'il n'y paraissait. Après avoir passé la mygale sous l'eau, des asticots formés sortent des pièces bucales, et un perfore le tégument entre le labium et le coxa I d. Pour autant, la mygale vit encore à ce jour et a un comportement parfaitement normal. Elle a mué sans problème. Evidemment, elle n'a pas été accouplée (voir autopsie d'une P. fasciata) |
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V - Moyens à utiliser
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Pour prévenir ces infestations par des diptères, la meilleure solution reste une bonne hygiène des bacs et de la pièce d'élevage. Je n'arrive pas à me débarrasser complètement de ces diptères, du moins pas sur la durée. Aussi, je complète par la pose dans ma pièce d'élevage, de colle-mouches gluants, peu esthétiques mais d'une efficacité sans égale. J'ai essayé aussi de placer des chutes de rideaux en regard des aérations de certains bacs, rien n'y fait, les moucherons arrivent à faire passer leurs oeufs au travers.
Lorsqu'une mygale est parasitée, je procède toujours de la façon que j'avais utilisée pour P. irminia, soit :
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La mygale est placée dans une boite en plastique aérée de 15cm * 25cm, sans substrat, sans eau ni aliment. Il y a juste une feuille de papier essuie-tout étalée sur le fond de la boite. Je retire toute source d'eau, car je n'ai JAMAIS vu de prolifération de moucherons dans un bac sec (scorpion désertique, Latrodectus...) même sur une proie morte. Il est donc possible que le manque d'eau nuise à leur développement plus qu'il ne manque (sur quelques jours) à la mygale.
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La boite est sortie de la pièce d'élevage, pour éviter la propagation, mais aussi pour ralentir le cycle des diptères (il fait 18° dans les autres pièces), permettre une meilleure surveillance en cas de déshydratation de la mygale... Là encore, je choisis de ralentir le développement des diptères car les asticots sont plus faciles à détruire que les moucherons adultes, et d'autre part ils ne peuvent proliférer sans atteindre le stade imaginal.
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En général, je laisse la mygale comme cela 5 à 6 jours, puis je lui ajoute un abreuvoir (changé tous les jours) et je la laisse de nouveau une semaine. Plusieurs fois par jour si je vois des larves, je passe la mygale sous l'eau et je retire les larves avec une pince.
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Peu à peu, je réintroduis substrat, abri. Si la mygale a un comportement normal, je la nourris de nouveau.
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Enfin, au bout de trois ou quatre jours sans que je remarque de nouveaux asticots, je remets la mygale dans son terrarium, changé bien sûr.
Lorsque le cas est trop grave, la mygale meurt avant la fin de ces trois semaines, je la congèle avant qu'elle soit complètement dévorée de l'intérieur.
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VI - Discussion
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En mai 2000, je n'avais pas encore eu l'expérience d'une mygale adulte parasitée par des larves de diptères. Cela m'était déjà arrivé avec des juvéniles, avec une conséquence presque toujours fatale à l'animal. Souvent, la mygale qui trouve son terrarium envahi de petits diptères, parvient à ne pas être parasitée. Les mygales terrestres semblent à ce titre beaucoup plus "résistantes" que les arboricoles, peut-être parce qu'elles ont la possibilité de se terrer contre le substrat.
Il est à préciser que la méthode employée, est sans risque pour l'animal, il n'y a utilisation d'aucun produit, ni de traumatisme physique. Quand au stress évident que la mygale subit, il est à rapporter au risque de mort -avéré- qui l'attendait.
Les parasitoses dues aux diptères sont assez courantes dans les élevages importants, où la totalité des terrariums ne peut pas être surveillée quotidiennement. La rapidité du cycle de ces diptères rend parfois impossible -en quelques jours- toute récupération de l'animal. Dans le cas de cette Psalmopoeus irminia, il va sans dire qu'un certain facteur de chance est intervenu, pour déceler les oeufs à un stade très peu avancé.





